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De retour de la conférence de Julia de Funès:
"Comment rendre le management plus humain ? " 
LE RECRUTEUR REPORTER

A Aix en Provence, ce mardi 10 décembre dans le nouveau temple futuriste très hi-tech The Camp, et en même temps cocon glacial, comme le veut la saison, nous prenons place dans l’amphi et attendons le coup de projecteur qui va lancer la conférence de la soirée.

Julia de Funès a du chien, elle attaque direct sur un rythme soutenu voire vertigineux, sans intro ni échauffement. Elle en a pas besoin car elle brûle d’envie et de passion et ce qui est agréable j’avoue, avec un peu de recul, c’est qu’elle le vit dans la tête et dans le corps…touchant les deux mondes, le cérébral et l’émotionnel, dans l’auditoire. 

 

Ce que je retiens de ces 90 minutes d’exposé-kalachnikov c’est une vision très critique du monde de l’entreprise. Et comme le dit Julia, ce qui se passe dans l’entreprise reflète ce qui se passe dans la société. Donc le tableau qu’elle nous livre est celui de notre monde à tous.

 

Ce que j’ai apprécié aussi dans cette soirée, c’est le mélange d’humour et provocation, un peu comme dans un one-man show de certains humoristes de succès, mais sauf qu’ici les références sont placées tout en haut dans la noblesse de la philosophie et livrées sur le plateau d’un langage choisi et précieux, parfois un peu théâtral, mais jamais snob ou inaccessible. Pardonnez-moi mais je suis une sentimentale, bien que ma langue natale ne soit pas le français.

 

Pour avoir vécu intensément l’entreprise « en entreprise » pendant 17 ans, cette analyse fait résonner beaucoup de situations passées et réelles. Je me concentre pour ne pas perdre le fil. 

 

Le premier coup de cœur que Julia suscite en moi, c’est lorsqu’elle aborde la thématique des  process (règles, procédures, normes….).  Julia les compare à un médicament, qui justement dosé, guérit le symptôme, mais qui surdosé provoque plus de mal que de bien, jusqu’à la paralysie totale si ce surdosage dépasse le seuil critique, jusqu’à la fatalité de la mort*... Cela conduit certaines entreprises vers le parfait opposé de leur souhait initial et parfois de leur vision stratégique : l’innovation et le progrès ! En effet l’extrémisme des process a pour effet secondaire l’impossibilité pour la créativité de se produire et de se développer.  La suite de l’histoire est évidente : adieu l’innovation, adieu le progrès. 

 

Parmi les conséquences néfastes du surdosage de process, Julia nous présente d’autres petites merveilles du monde moderne : le powerpoint, la réunionite, le collectif*. Oh comme c’est vrai que les slides dans les réunions, et même en formation, sont horriblement ringardes et inutiles. Tout comme ces réunions auxquelles on t’invite mais tu ne sais pas quel es l’objet, tu n’as pas d’ordre du jour, tu ne connais pas les autres participants, tu n’as aucun document attaché, ou alors tu as des documents attachés de 146 slides écrits en cyrillique…résultat, du devrais dire non, j’y vais pas, mais tu finis par accepter, car le principe précautionniste dans lequel nous sommes ancrés me dit qu’il ne faut pas prendre de risques,  et bien sûr tu ne prépares rien comme tous les autres participants et tu vas passer 2 heures magnifiques à tapoter sur ton PC pendant que d’autres inconnus font défiler les 146 slides que tu n’enregistreras même pas sur ton disque. Et tout cela dans un collectif qui ne sert strictement à rien : c’est le collectif qui produit l’inverse de l’intelligence collective : c’est la débilité collective.

 

Julia nous ouvre la vue sur les conséquences de la procédure dans le monde « hors » entreprise : « on légifère sur tout et on procédurise tout » -  y compris sur la fessée* (véritable vérité). 

 

Sur la philosophie du bonheur j’ai déjà partagé tout mon soutien pour dire que c’est du grand n’importe quoi. Que la QVT soit un acronyme très mal choisi, je n’avais jamais réalisé à quel point c’est vrai. On a tellement le crane bourré de ces idées de bien être, de ludique, qu’on a oublié pourquoi on va travailler ; on pourrait presque penser qu’on va bosser pour nous amuser, pour jouer. Le travail comme un jeu, la bonne formule pour le bien-être au travail. Et comme le contraire du jeu, c’est le réel, - c’est  Freud  qui le dit, merci Julia – continuer à jouer nous empêche de voir la réalité. Il est vrai que « le bonheur est une affaire entre soi-même et soi-même. C’est n’est pas pour rien que les philosophes essaient de définir le mot depuis 2500 ans sans y parvenir* » et on va pas « juste » résoudre l’affaire en 2 petits tours en ouvrant un poste de CHO (Chief Happiness Officer).

 

Je découvre ce soir une nouvelle facette du leadership charismatique avec les références à la « volonté de puissance » de Nietzsche. Une analyse très intéressante sur le fait que le charisme ne soit pas inné, mais dérive de cette volonté 100% humaine de rayonner profondément et de manière authentique. "C’est vouloir de sa propre volonté, c’est le désir de ses désirs"*. Je n’étais pas d’accord, car je pensais vraiment que le charisme, le vrai, celui de certains hommes qui ont été les protagonistes de l’Histoire (avec un grand H), est quand même un peu inné dans les gènes – je cite seulement Nelson Mandela et sa contribution au management -  mais maintenant j’ai un doute. Merci Julia. Parce qu’il est vrai, comme tu dis, que comme la philosophie qui ne prétend pas « dire le vrai », on cherche le sens à travers la confrontation de points de vue. Et que ce point de vue confrontant a ouvert une nouvelle perspective pour moi.

 

Dans les petites lancées d’humour de Julia j’ai également beaucoup aimé le sujet des « mots à la mode ». Comme un véritable catalogue printemps-été qui est lancé à l’automne, nous assistons tous les ans à une passerelle de mots magiques qui deviennent presque obsessionnels et qu’il faut impérativement sortir pour exister en entreprise : bienveillance, agilité, j’ai entendu aussi disruptif, pour 2020 on fait des paris, comme le suggère Julia, sur « centrique »*…

 

On oublie presque quel est le titre de la conférence : « Comment rendre le management plus humain ». Presque en conclusion, Julia nous livre les 3 ingrédients : 1 - la prise de risque, à considérer comme une opportunité et pas comme une probabilité (élevée et quasi sure) d’échec.  2 – La recherche de sens dans ses 3 définitions : le sens des 5 sens, le sens de la direction et le sens de la signification. 3 – La confiance en soi en en les autres.

 

Dommage, dommage que ça soit fini. Car la confiance est un très grand sujet pour moi, j’ai été dans les 2 écoles extrêmes de la confiance, celle aveugle et totale, et celle impossible, et j’aurais vraiment aimé entendre le développement de cette dernière partie. Savoir comment on peut faire pour abattre la méfiance et la peur qui habite l’homme et qui fait que le management n’est pas – toujours – humain. Dommage aussi que l’avis de Julia sur le coaching soit si tranché. Ce n’est pas parce que le coaching explose de partout et qu’il y a des imposteurs que tout le monde est imposteur. Ce n’est pas parce que les rayons sur le développement personnel dans les librairies ont occupé toute la place que le coaching c’est bullshit. D’ailleurs, sait-elle que je n’ai trouvé aucun livre sur la théorie du coaching dans lesdites rayons ? Or, elle ne laisse même pas une chance à ceux qui se sont orientés de manière sérieuse et engagée dans le coaching – coachs et coachés – de pouvoir apporter une petite solution, en accord avec sa vision. Je pense qu’elle aimerait entendre ce point de vue, peut-être à sa prochaine conférence.
 

* citations de Julia de Funès d'après la conférence à The Camp "Comment Rendre le Management plus humain?"

Tag(s) : #management, #philosophie, #entreprise, #leadership
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